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17 mai 2018 4 17 /05 /mai /2018 16:01
Eros dans "Les Balkans"

- Hé, Eri, viens pars ici, toi ! Comment ça va, Eri, tout va bien ? Tu veux une bière ?, le grand black lui donna une grosse tape dans le dos, tout en ricanant.

Eros le regarda soupçonneux, il n’avait pas bien saisi l’intention du mec. Il avait plutôt l’impression qu’on se foutait à nouveau de sa gueule et ça, il ne pouvait pas le blairer. Cela remontait à la semaine dernière : Yass s’était amusé à le souler ce jour-là et, sans s’en rendre compte, Eri est tombé dans le panier. Il voulait s’approcher de Yass, mais il ne parlait pas encore bien français et n’avait pas senti le piège à temps : il a été pendant toute une soirée l’objet de railleries du groupe de Yassine. Il l’avait appris quelques jours plus tard : Yass avait parié avec un de ses comparses après combien de verres de bières « Eri-la-pute » tomberait par terre. Celui qui perdait règlerait l’addition. Eros tomba seulement après 5 bières : il ne tenait pas à l’alcool, était chétif et ce jour-là n’avait rien mangé. Yassine perdit son pari, il misa sur 8, mais, du coup, le jeu ne lui couta pas excessivement cher non plus… Pour Eros cette soirée ne passa pas sans conséquences. Sans parler du lendemain qui avait été un cauchemar, le turc lui avait présenté l’ardoise « de propreté » car il avait vomi et « d’hébergement » car il avait passé la nuit dans la réserve du bar… Et de l’argent, il n’en avait pas…

Yassine, que tout le monde appelait Yass, était un habitué des lieux. Il passait régulièrement boire un verre dans « Les Balkans », un bar crasseux d’Aubervilliers. Le local était tenu par un type d’origine douteuse, mais qui se présentait comme venant de Turquie. Il racontait à tout le monde qu’il avait vécu en Roumanie et qu’il avait monté une affaire là-bas et qu’il avait été riche, très-très riche, mais son ex-femme, une roumaine malhonnête, l’avait trompé avec un mafioso local et, de commun accord, l’ont dépouillé de tout en achetant un juge, oui, elle avait même couché avec ce juge-là, elle couchait avec tout le monde de toutes les façons, ils lui ont tout pris, lui laissant juste de quoi s’enfuir et de quoi ouvrir ce bar, il ne pouvait plus rester là-bas, ils voulaient le tuer, mais il aimait beaucoup, la Roumanie, même s’il ne pouvait plus y retourner car il risquait la mort, c’est lui qui était con, il n’avait qu’à faire attention, mais elle était trop belle, elle lui avait tourné la tête, mais non, il n’avait rien contre les roumains non-plus, d’ailleurs les deux serveuses qui travaillaient dans le bar étaient de Roumanie, enfin, une d’elle était moldave, sa concubine aussi était une roumaine, il l’aimait mais il ne voulait pas se marier encore, il voulait être sur cette fois-ci et ne pas commettre la même erreur, et patati et patata… Son histoire correspondait très bien avec ce local où tous les soirs s’agglutinait une population peu fréquentable, bruyante et hétéroclite, pour profiter de la bière qui ne coûtait vraiment pas cher. On entendait parler, enfin plutôt crier et jurer, roumain, serbe, bulgare, albanais, turc et Dieux sait quoi encore… La musique diffusée était toujours la même sans toutefois se répéter : des « manélés », sorte de mélange arabo-balkanique, dont les textes étaient comme des bouts de l’histoire fantasque du turc ou l’inverse, son histoire n’était qu’une suite de « manélés », mais cela n’avait vraiment pas d’importance… on les écoutait, on en riait, on en pleurait.

Yass et sa bande passait régulièrement au bar, mais cela ne voulait pas nécessairement dire souvent. Une ou deux fois par mois. C’était assez incongru de le voir débarquer dans ce local pouilleux avec quelques-uns de ses sbires, descendant d’une grosse Hummer noire, qu’il arrivait à peine à garer dans la rue. Il était un caïd du cartier, on disait qu’il contrôlait les dealers du coin et qu’une partie des ceux qui fréquentaient le local travaillaient pour lui régulièrement ou occasionnellement. Pourquoi venait-il personne ne pouvait le dire. Avait-il des affaires avec le turc ? Avec quelqu’un d’autre ? Ou c’était tout simplement pour qu’on n’oublie pas qui était le vrai maître des lieux ?

On le traitait avec un certain respect, son groupe avait sa place préférée, mais il ne s’agissait pas de peur. Personne, d’ailleurs, ne craignait vraiment personne dans « Les Blakans », même si les menaces et les querelles étaient fréquentes. Mais ce n’étaient que des joutes verbales. Pour quelqu’un qui ne connaissait pas l’endroit et sa population, cela pouvait vraiment faire peur, on a même renversé des tables et cassé de la vaisselle, mais, bizarrement, il n’y a jamais eu de violence physique. Il y avait des limites que personne n’osait franchir et, comme par enchantement, toute querelle s’étouffait d’elle-même. Tout simplement, ici on n’avait pas le droit de montrer des signes de faiblesse, de passer pour une mauviette. C’était pire qu’une question de coup reçu ou de se faire tabasser. C’était une question de vie ou de mort. Tu devais être du business ou tu étais mort. Soit tu étais un dur, un vrai mec, et tu en faisais partie, tu pouvais espérer des miettes du gâteau, soit tu étais un torchon et tu étais mort. Personne ne faisait du business avec les torchons… Et pour ces gens-là ne pas en être c’était la mort, c’était se faire sortir de l’existence même, ils n’en connaissaient pas d’autres : mort de faim, de froid, toute mort possible et impossible, car même bruler, damnés dans les feux de l’enfer, faisait également partie des options envisageables.

Eri se tenait devant Yass et ses trois potes et ne savait pas trop comment réagir, mais il le fallait. Il ne parlait pas bien le français et ne connaissait pas encore les codes du jargon local. Il pourrait lui dire quelque chose en italien ou roumain, mais là, cela ne lui paraissait pas approprié. Il pouvait perdre la face et les railleries pouvaient empirer… Ici, on craignait également le ridicule. Ce n’était pas tout à fait la mort, mais c’était définitif et irrémédiable… Un bouffon faisait partie du circuit, mais il était condamné à faire le clown et ramasser la miséricorde des autres. Un clown ne pouvait pas monter dans « les affaires ». Et Eri voulait monter en grade. Il avait des plans. Il pensait déjà à mettre sur pied une « production » qu’il gérerait lui-même. Les choses ne se sont pas vraiment bien passé en Italie. C’est pour ça qu’il est monté sur Paris…

xxx

Eros n’était pas son vrai nom. Mais il s’en foutait, car il ne savait pas s’il avait un nom. Il n’avait pas d’âge non plus. En tout cas il ne le connaissait pas. On aurait dit 14-15 ans, mais qui pouvait le savoir ? Il avait grandi dans les égouts de Bucarest et n’avait aucune idée de comment il s’est retrouvé là-dessous. Tout ce dont il se rappelait c’était l’endroit douillet et crasseux, une sorte de nids de chiffons dans les souterrains, où il vivotait avec un groupe de cinq enfants sous un adolescent tyrannique, Calu (le cheval), qui avait droit de vie et de mort sur tout le monde. Ils « produisaient » en faisant la manche aux alentours de la Gare de Nord de Bucarest. Tout ce qu’ils amassaient était versé à Calou. Tout, même la nourriture. Si on cachait quelque chose – c’est Calou qui décidait de la punition. C’est lui que répartissait également la nourriture et la « colle » qu’ils sniffaient dans des sacs en plastiques. C’est comme cela qu’on les appelaient à l’époque : « les aurolacs »… Ce qui les gardaient en vie c’était leur capacité à « produire ».

A l’époque on l’appelait Mutu (le muet), car il ne parlait presque pas… En plus, il avait une certaine ressemblance physique avec la star de foot de l’époque : Adrian Mutu... C’est cette ressemblance et sa moue plutôt mignonne qui l’a en quelque sorte sauvé et protégé. Elle avait un prix potentiel, autrement il aurait pu se retrouver facilement estropié pour faire plus pitié ou purement à cause d’un éclat d’humeur de Calu. Après, les choses se sont gâté pour Calu. Les autorités ont décidé d’en finir avec les « aurolacs ». On les chassait dans les rues. On fuyait les flics et les services spécialisés sans savoir qu’on fuyait le salut… Mutu courrait vite. On ne l’a jamais chopé.

Mais Calu a dû « fermer boutique ». Il a vendu Mutu à un Monsieur. Et c’est Monsieur qui lui a donné son dernier surnom, Eros, comme le chanteur italien, disait-il. Avec Monsieur, Eros a connu la vraie vie. Il vivait dans un appartement à Bucarest avec eau chaude, et baignoire, et télé, et frigo, et tout, et tout… Ils étaient quatre à partager un deux pièces. Monsieur les gâtait. Il leur achetait de la bonne bouffe, des sodas, des sucreries. La vie était belle. Il suffisait de respecter les règles, autrement plus clémentes que celles de Calu. Interdiction de sortir, interdiction de faire du bruit, de s’approcher de la porte d’entrée et de rester trop longtemps à la fenêtre. Interdiction de la « sniffe » également et au début ce fut très dur, mais Monsieur disait que c’était mauvais pour leur santé. Ils avaient la télé, mais ils s’emmerdaient à mort quand-même.

La seule chose que Monsieur leur demandait en retour c’est de se faire prendre en photo de temps en temps. C’est lui qui les prenait en photo et qui leur disait comment se mettre. Le plus souvent – tout nus. Monsieur se mettait tout nu également. C’était rigolo. Surtout quand sa bite se dressait. Il leur permettait de la toucher. Cela s’appelait « avoir une érection ». Il leur arrivait d’en avoir aussi, mais leurs sexes, mêmes en érection, étaient petits et ridicules. Celui de Monsieur était impressionnant et, si on faisait comme il disait, il pouvait « éjaculer ». Il devenait tout rouge et drôle à voir. Ils en riaient et se foutaient de sa gueule. Monsieur détestait qu’on se foute de lui. Quand il se fâchait il lui arrivait de les rouer de coups. Il avait peur du ridicule, par conséquent cela n’arrivait pas si souvent que ça. Mais il leur disait qu’il leur apprenait la vie et que s’ils maitrisaient bien « le métier » ils pouvaient « mener par la bite » n’importe qui. C’est pour cela qu’il fallait qu’ils regardent des films avec des mecs à poil qu’on appelait des « pornos ». C’était très gentil de sa part de leur apprendre la vie. Ce fut la belle époque.

A part qu’ils ne pouvaient pas sortir. Monsieur leur disait que dans la rue c’était dangereux, car la police chassait ceux de leur espèce, mais que bientôt tout se calmera, la chasse aux « aurolacs » finira et qu’ils partiront ensemble à l’étranger. L’étranger c’était le paradis. C’était la belle vie. Comme à la télé. L’appartement, ce n’était encore rien. Ils n’ont encore rien vu… Et ils attendaient.

Et l’attente ne dura pas longtemps. Monsieur devint nerveux. Il disait qu’il avait des soucis et que la police était à ses trousses. Le jour où quelqu’un sonna à la porte ils eurent vraiment peur. Ils n’ouvrirent pas et il ne se passa rien. Quand ils le racontèrent à Monsieur celui-ci s’affola également. Il disait qu’on le persécutait pour avoir sauvé des « aurolacs », parce qu’il prenait leur défense, parce qu’il était leur ami. Il disait que le moment était venu de fuir à l’étranger. Tout le monde était excité à cette idée.

Quelques jours plus tard Monsieur leur montra quatre passeports tout neufs. C’était leurs billets pour l’étranger. Les deux premiers partirent le lendemain pendant la nuit. Deux jours après ce fut le tour du troisième. Ils partaient avec des personnes inconnues qu’il fallait appeler « papa » et « maman ». Monsieur dit à Eros qu’ils allaient partir ensemble. Eros s’appellera pour tous ceux qui demanderaient, surtout la police ou à la frontière, Lucian Grigorescu. Il fallait bien se rappeler cela : Lucian Grigorescu et Monsieur sera dorénavant Petru Grigorescu. Il fallait lui dire « papa ». C’était très important. Si Eros se trompait, c’était la mort pour tous les deux. Mais tout alla bien. Ils prirent l’avion. Ce fut génial. Ils mangèrent des glaces à l’aéroport. Eros se sentait roi.

Après, ils arrivèrent à Milano, en Italie. « Papa » le passa à un type baraqué sur le parking de l’aéroport ainsi que son passeport, empocha une enveloppe et disparut. Eros ne le revit jamais. Mais l’Italie n’était pas encore l’étranger. Eros fut enfermé à nouveau dans un appartement. Cette fois-ci il était avec une fille. De temps en temps on amenait des hommes et la fille les suivait dans la chambre d’à côté. On entendait des cris comme dans les films pornos. Parfois, c’est lui qu’on demandait. Et il faisait « le métier ». C’était des « clients ». Un jour, un client l’a poussé violemment sur le lit sur le ventre, mais au moment où il défit sa braguette la porte de la chambre s’ouvrit et le type baraqué qui veillait sur eux fit irruption et chassa méchamment le client de là. Il disait qu’il ne fallait pas « gâcher la marchandise ». On avait d’autres plans pour lui. Un autre jour, c’est une femme qu’on lui amena et ce fut un désastre. Il ne savait pas quoi et comment faire. Il eut peur. Mais la femme paraissait très contente. Elle lui prix le sexe dans la bouche jusqu’à ce qu’il se mette en érection, après quoi elle lui monta dessus, mais, de peur, son érection tomba aussitôt… Elle n’en était que plus excitée en bougeant comme une folle sur son sexe mou jusqu’à ce qu’elle ne parte dans des convulsions étranges qui effrayèrent encore plus Eros… Après, elle essaya de le calmer, lui caressa à nouveau le sexe avec les mains et la bouche et Eros éjacula… Lorsqu’il rentra vacillant dans la chambre qu’il partageait avec la fille, celle-ci était morte de rire, lorsqu’il lui raconta ce qui s’était passé… Elle lui demanda s’il voulait qu’elle lui apprenne comment se prendre avec les femmes. Ils eurent droit à un vrai festin ce soir-là. Le type baraqué lui dit qu’il lui avait fait gagner beaucoup d’argent avec la femme… Mais la fille n’eut pas le temps de lui apprendre quoi que ce soit… Elle fut remplacée par une autre le lendemain.

Après, on commença à l’emmener dans des maisons, appartements, des hôtels, des endroits de plus en plus luxueux. Il « faisait le métier », surtout avec des hommes, plus rarement avec des femmes, des fois même avec des couples… Il gagnait beaucoup d’argent, ou plutôt il faisait gagner, car il n’en voyait pas la couleur. Il avait essayé d’en cacher, mais on le fouillait toujours et il se fit tabassé la fois où il avait essayé de cacher un billet dans son slip… Somme toute, la vie n’était pas si dure, mais Eros souffrait de l’injustice qu’on lui faisait. Il voulait s’enfuir, ou au moins qu’on lui donne une partie de l’argent qu’il gagnait. Il voulait à l’étranger.

C’est ainsi que des mois s’écoulèrent. Les filles de l’appartement changeaient régulièrement. Il y eut même des roumaines. Il était content de leur parler. Mais il n’éprouvait rien à leur égard. On les traitait avec beaucoup plus de violence que lui. Il en prenait soin lorsqu’il arrivait qu’elles soient battues ou malades… Mais ce n’était pas de la compassion, ni de la pitié… C’était du business… Ils « produisaient » et c’était ainsi…

Après, on le déménagea et il vit seul, dans un appartement plus luxueux. Enfin, pas tout à fait seul, il y avait toujours un type baraqué avec lui. Mais ils étaient tous gentils avec lui s’il se conduisait bien. Son physique attrayant et la connaissance du « métier » protégeait Eros en quelque sorte. Il était né sous une bonne étoile. Il était reconnaissant à Monsieur maintenant pour l’apprentissage. Il apprit un peu d’italien. Il parlait un peu avec ses clients. Il commença à en avoir des réguliers. Il savait les « mener par la bite ». Surtout un type l’intéressait beaucoup. Il disait qu’il venait de l’étranger, de Paris. Qu’il venait exprès pour lui à Milano. Qu’il était quelqu’un d’important là-bas. Il lui a même dit où il habitait. Eros le voyait deux-trois fois par mois. Il se construisait un monde en écoutant et en regardant. Il nourrissait un plan d’évasion.

Après, il y a eu la descente de la police. Eri vit l’arrestation de son gardien de ses yeux lorsque la police fracassa la porte de l’appartement. Bizarrement, on ne le menotta pas et quand ils sortaient de l’immeuble, Eri s’arracha et courut, et courut, et courut jusqu’à perdre haleine… Il courrait toujours assez vite. En tout cas mieux que les policiers.

Il était libre ! Maintenant, il pouvait partir à l’étranger. Il lui fallait arriver à Paris.

xxx

Et il y arriva. Cela faisait plusieurs mois qu’il était à Paris. Non, l’étranger ce n’était pas ici non plus. Mais bon, il fallait se débrouiller ici-bas. Il commença par chercher son client français de Milano. Il n’y croyait pas beaucoup au début, mais quelle fut sa surprise lorsqu’il trouva l’adresse ! Cela ne voulait pas dire grand-chose, mais pour passer du désespoir à l’espoir un rien suffit. Il guetta pendant plusieurs jours dans les alentours et au moment où il pensait abandonner il le vit ! Le con ne lui a même pas menti ! Bien évidemment « le client » eut peur, bien évidemment il paya pour qu’Eri disparaisse à jamais. C’était beaucoup d’argent pour Eri : 1000 Euros ! Jamais il n’avait tenu dans ses mains une somme pareille ! Avec ça il pouvait penser à se mettre en patron. Il pouvait trouver de la chair pour « produire ». Mais ce fut plus difficile qu’il ne le pensa… Les gamins qu’il côtoya dans le bois de Boulogne étaient tous sous quelqu’un. Il fallait les racheter ou en trouver de nouveaux. Il a essayé de « produire » dans les bois à son compte, mais on lui fit comprendre qu’il fallait acheter sa place.

Les 1000 euros n’étaient pas suffisants… Et de toutes les façons, ils partirent vite en fumée. Le turc lui trouva une place dans une roulotte, service qu’il paya et il y avait le loyer de son couchage à payer aussi… Il ne voulait pas encore retoucher au « client français ». C’était un fonds de commerce à exploiter plus tard. L’idée de devenir « patron » était maintenant trop bien enracinée dans sa tête. Même si là il était au sec, il y travaillait. C’est pour cela qu’il voulait se rapprocher de Yass. Il y avait du business à faire ensemble. Yass fournirait la drogue et Eros – la chair. Cela pouvait leur apporter très gros. Peut-être même que Yass pouvait lui financer la constitution du « capital ». Eros croyait que personne ne savait mieux que lui « le métier » de la « conduite par la bite » et voulait convaincre le dealer à se mettre en business ensembles…

Mais Yassine s’est foutu de lui. Comment faire du business avec quelqu’un qui se fout de toi en public ? Comment faire du business avec quelqu’un qui se laisse humilié de la sorte en public ? Ses projets étaient en grand danger…

Eri serra fort le couteau qui était dans sa poche. Il le sorti, et appuya le ressort. La lame de son couteau scintilla dans le pénombre des «Balkans ». Le moment d’après il se jeta sur Yass. Mais Yassine n’était pas la police. Ni ses sbires. Ils étaient rapides et forts. La lame d’Eros fut détournée et il ne fit que blesser légèrement Yass. Il fut plaqué à terre et roué de coups de pieds. Le turc essaya d’arrêter le massacre et s’interposa. C’était son local. On ne pouvait pas le mettre en danger de la sorte. On ne pouvait pas tuer dans « les Balkans ». Eros, il s’en occupera lui-même. On ne comprit pas comment, et par quel moyen, quels arguments avança le turc, mais il dut en avoir de lourds, car Yassine et les siens quittèrent les lieux, laissant Eros giser dans une flaque de sang, mêmes s’ils étaient furieux et prêts à tout casser…

Personne ne revit Eros depuis ce jour-là dans « Les Balkans ». Personne ne revit Eros tout court. Personne ne s’en soucia non plus.

Deux semaines plus tard la Hammer noire de Yass s’arrêta net devant « Les Balkans ». En même temps, trois personnes sortirent de la voiture des jerricans à la main. Ils firent irruption dans le bar, aspergèrent tout d’essence et, en partant, jetèrent des bouteilles molotov à l’intérieur. Cela ne dura que quelques minutes… « Les Balkans » s’embrasa et brula entièrement. Il y eut des victimes.

 

(Note : Ce texte est pure fiction. Aucune correspondance avec de faits réels ne saura être faite.)

C'est un des 10 textes qui ont été proposés au public en vu du "Salon du Livre des Balkans 2018"  

Eros dans "Les Balkans"

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Despre PUNCT-ul din .FR

Poveşti, povestioare, gânduri, reflecţii, idei mai profunde şi mai superficiale, grave si ilariante... un punct de vedere şi doar atât. Doar un punct în imensitatea blogurilor. Doar un punct din atâtea altele dispersate în nebuloasa reală si virtuală. Doar un punct. Deşi... câte odată nu-ţi lipseşte decât un punct pentru a fi un i! 

"De sus, din vârful săptămânii,
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Şi iarăşi şapte gospodine
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